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Eugène Bouillot, soldat beaunois mort à la première bataille de la Marne

A l’occasion du reclassement de la série H des Archives municipales de Beaune, Emilie Rouilly, archiviste en charge du classement, tombe sur la copie d’une lettre émouvante d’Eugène Meinsel, un habitant de Sompuis dans la Marne, que nous vous reproduisons ci-dessous :

Copie de la lettre d’Eugène Meinsel à la mairie de Beaune
Copie de la lettre d’Eugène Meinsel à la mairie de Beaune ©Archives municipales de Beaune 7 H 49

Alors que nous venions de publier cette lettre sur Facebook, certains internautes ont émis le souhait d’en savoir plus sur la question. Nous voici parties en quête d’informations sur Eugène Claude Bouillot, mort pour la France le 14 septembre 1914 et inhumé dans un champ à Sompuis dans la Marne.

Avant toute chose, nous avons recherché si Eugène Claude Bouillot avait fait l’objet d’une fiche sur le site Mémoires des Hommes : Eugène Claude Bouillot est bien mort sur le champ de bataille de Sompuis. La fiche d’Eugène nous indique ses date et lieu de naissance : 25 avril 1889 à Pernand (aujourd’hui Pernand-Vergelesses).

La deuxième étape, pour en savoir davantage sur la vie d’Eugène est donc de compulser l’état-civil de Pernand en consultant le site des Archives départementales de la Côte d’Or.

Nous trouvons rapidement l’acte de naissance d’Eugène Claude Bouillot, il est né à Pernand le 25 avril 1889.

L’acte de naissance donne des renseignements sur ses parents. Son père, Jacques Bouillot, a 33 ans et exerce la profession de vigneron tandis que sa mère Marie Cordelet est âgée de 27 ans. Elle est vigneronne tout comme son mari. Les parents d’Eugène se sont mariés à Pernand le 29 octobre 1884 à Pernand.

En marge de l’acte de naissance d’Eugène, on peut lire qu’il s’est marié à Beaune le 4 avril 1913 avec Marie Louise Menneveau. C’est donc vers le registre d’état-civil de Beaune de 1913 que nous nous tournons. Sur l’acte de mariage d’Eugène Claude, nous apprenons quelques informations : il est devenu tonnelier à Beaune où il habite rue de Savigny et a donc quitté Pernand. Ses parents sont morts : Jacques Bouillot est mort en 1907 et Marie Cordelet en 1909. L’acte de mariage donne également le nom des grands-parents d’Eugène Bouilot. Ils se nomment Claude Bouillot et Françoise Paulin – ses grands-parents paternels – et François Cordelet et Jeanne Bonnardot. Seule cette dernière est encore en vie et donne son consentement au mariage de son petit-fils.

Eugène Bouillot épouse Marie Louise Menevaux (l’orthographe de son nom est différente de celle qui apparaît dans la mention marginale de l’acte de naissance de son futur mari). Elle habite Beaune, rue de Chevignerot, et elle est fille de François Menevaux, cultivateur et de Marie Duchemin, sans profession, tous deux présents au mariage.

Le mariage a lieu en présence de Joseph Bouillot, 28 ans, vigneron demeurant à Beaune rue de Savigny, frère de l’époux, d’un autre Eugène Bouillot, 32 ans, jardinier faubourg Madeleine à Beaune, cousin et homonyme de l’époux, de Jean-Baptiste Menneveault (le nom est encore orthographié différemment), 30 ans, mécanicien, cousin de l’épouse et de Charles Gueneau, 27 ans, entrepreneur à Beaune, qui n’est pas apparenté aux époux.

Ayant marié Eugène Bouillot, nous cherchons ensuite à savoir s’il a eu des enfants avec Marie Louise Menevaux. Nous partons donc en quête de l’information dans les registres de 1913 et de 1914.

Eugène Bouillot et Marie Louise Menevaux ont deux filles :

  • Madeleine Marie, née à Beaune le 17 octobre 1913. Son acte de naissance nous apprend qu’Eugène et Marie Louis ont déménagé et habitent maintenant 57 faubourg Saint-Nicolas.
  • Suzanne Eugénie, née à Beaune le 3 décembre 1914. Eugène n’aura hélas pas connu sa seconde fille puisqu’il a trouvé la mort le 14 septembre 1914.

Les deux fillettes ont été adoptées par la Nation le 7 novembre 1918.

Les recherches généalogiques ascendantes et descendantes n’ont pas été poussées plus loin mais elles donneraient sans aucun doute des renseignements passionnants sur l’entourage d’Eugène et de son épouse, sur l’histoire des deux familles, leur environnement social, leur répartition géographique et leurs métiers. Le travail reste à faire si un généalogiste le souhaite.

Nous nous sommes ensuite intéressées à la carrière militaire d’Eugène Bouillot. Pour ce faire, nous avons consulté les registres matricules du régiment d’Auxonne disponibles en ligne sur le site des Archives départementales de la Côte d’Or.

Né en 1889, Eugène est donc de la classe 1909. Il apparaît dans le registre matricule sous le numéro 783 de la classe 1909.

Sur sa fiche matricule, on peut lire sa description physique : cheveux châtains, sourcils bruns, yeux gris, front ordinaire, nez pointu, bouche petite, taille 1,73 m.

Il est incorporé au 109e Régiment d’Infanterie à compter du 1er octobre 1910 jusqu’en octobre 1912 où il passe dans la réserve, il devient clairon et est affecté au régiment d’infanterie de Chaumont. En août 1914, Eugène est mobilisé et meurt sur le champ de bataille de Sompuis le 14 septembre 1914, au cours de la première bataille de la Marne. La date semble un peu curieuse car la première bataille de la Marne se termine le 12 septembre et les combats font rage à Sompuis en particulier du 6 au 11. La date du 14 septembre est-elle la bonne, est-ce la date à laquelle Eugène a été enterré à Sompuis ? Nous n’avons hélas pas de récit plus précis sur les circonstances de son décès.

La lettre d’Eugène Meinsel nous apprend qu’Eugène Bouillot a été enterré dans une tombe isolée dans une propriété privée. L’endroit est indiqué par une croix et on a pris soin d’indiquer son état-civil au pied de la sépulture dans une petite bouteille. Ce simple geste a permis d’identifier Eugène et de pouvoir prévenir sa femme, Marie-Louise Menevaux, alors enceinte de leur seconde fille, du décès de son mari.

Son décès n’a été transcrit à l’état-civil de Beaune que le 21 juin 1915.

Nous avons ensuite voulu savoir où était inhumé Eugène Bouillot. Les recherches au cimetière de Beaune nous ont indiqué que son corps n’avait pas été rapatrié au carré militaire de cette ville. Etait-il resté à Sompuis ? Apparemment, non.

C’est le site MémorialGen Web qui nous a fourni la réponse : Eugène Bouillot est inhumé dans la nécropole nationale de Vitry-le-François. Son numéro de tombe est le 882.

Son nom apparait sur la plaque commémorative de la Collégiale Notre-Dame de Beaune et sur le Monument aux Morts de Beaune.

En partant d’une lettre émouvante d’un habitant de Sompuis et de la découverte d’une modeste sépulture d’un soldat beaunois, quelques recherches ont pu redonner un peu de vie à ce jeune homme mort pour la France. Encore une démonstration que rien n’est plus vivant que les Archives car elles gardent la trace du parcours de chacun d’entre nous.

Nous avons voulu vous donner quelques éléments de méthodologie qui pourraient vous servir pour effectuer vos propres recherches mais si vous souhaitez de l’aide, n’oubliez pas que les Archives municipales de Beaune sont là pour vous aider !

©Archives municipales de Beaune, mai 2017.

 

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