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Histoire du Hot Club de Beaune

Le Hot Club de Beaune est officiellement fondé le 17 mai 1954. Son grand frère dijonnais avait vu le jour le 27 octobre 1946, ceux de Mâcon et Chalon en 1948 tandis que le Hot club d’Auxerre officialise son existence en 1951 après quelques années d’exercice.

Selon Louis Martin, le Jazz fut connu à Beaune grâce à deux sources, deux courants essentiels :

_ Le premier, constitué d’une bande de copains ayant la trentaine, la plupart mariés, plongés dans la vie active. Ses membres étaient les frères Gianna – Albert, Jean et Ike – le coiffeur Albert Perret, dit Chuto, les frères Carry, Hamelak, Ferrain et Froment.

Ike Gianna, qui avait été, semble-t-il, un chef de file des Zazous beaunois, jouait remarquablement du cornet style Louis Armstrong chez King Oliver, son frère aîné Albert jouait du trombone et Guy Carry était un excellent batteur.

Ce premier courant était très axé sur le Nouvel Orléans et le Swing, donc plutôt « vieux style », fidèle à la ligne tracée par le « Pape » Hugues Panassié (président du Hot Club de France).

_ Le deuxième courant était constitué de collégiens qui avaient découvert le Jazz sur les bancs du bahut. Ils avaient environ 18 ans et, selon les propos de Louis Martin, étaient plus forts en sport et en musique qu’en maths ou en latin. Ils avaient pour noms : Jacques Mallet, le précurseur, l’ami de Mercer Ellington, Louis Martin (piano), Guy Maury (clarinette), Vincent Maraux, Jean-Claude Vuillet, Henri Meurgey, Jean-Paul Bordet auxquels venait s’ajouter pendant ses vacances à Ruffey-lès-Beaune Jean-Claude Weill, auteur du livre Jazzmosphère.

Ce deuxième courant était à tendance plus moderne, c’est-à-dire admettait que la musique des Charlie Parker, Bud Powell, Dizzie Gillespie et autre Thélonius Monk appartenait au Jazz, suivant en cela la ligne Jazz Hot de Charles Delaunay.

Aux dires des premiers, ce second groupe était composé de « zazoteux » !

Ce sont ces deux entités qui se réunirent chez Maraux, 9 boulevard Jules Ferry – côté Rempart Saint-Jean – et ont fondé le 17 mai 1954 le Hot Club de Beaune, association Loi 1901 présidé par Georges Couton (parce qu’il était le majeur de la bande des collégiens).

La première manifestation, avant même la déclaration officielle des statuts, est un concert donné le 19 avril 1954 au cinéma Eden (27 avenue du 8 septembre) avec Ike Gianna (cornet), Henri Blondeau (trompette), Henri Gayon (trompette), Maurice Renaut (clarinette), Guy Maury (clarinette), Robert « Z » Carrière (trompette), Louis Martin (piano), Jean-Claude Weill (guitare), Sulleau et Guy Carry (batteur).

Le 6 mai 1954, la triste nouvelle tombe : Ike Gianna trouve la mort dans un accident, l’aventure s’arrête ici pour lui qui avait été parmi les précurseurs.

Le 17 mai 1954, les statuts du Hot Club de Beaune sont donc déposés. Le club de Beaune refuse toute affiliation au Hot Club de France ou à la Fédération des Hot clubs français. L’adhésion à l’un ou l’autre de ces groupes ayant entraîné l’exclusion des « traditionalistes » ou des « modernes » et Beaune souhaitait conserver sa liberté sur le sujet.

9 juin 1956 : Le Hot Club invite le clarinettiste Albert Nicholas accompagné par les Dixie Jazz Pals d’Armand Gordon. Il revient l’année suivante en juin 1957. Ces concerts avaient lieu pendant la Foire.

En 1957, au Familia (ex Vox, cinéma situé boulevard Jules Ferry en face de chez Maraux), pour la première fois à Beaune, est présenté un film sur le Jazz : Glenn Miller Story. Ensuite, un premier concert de jazz donné par des professionnels est organisé avec la venue du Kid Ory’s Original Créole Jazz Band. A cette occasion, le fils de « Chuto » remet un magnum au célèbre trombone qui jouait dans les Hot Five et Hot Seven de Louis Armstrong en 1925-1927.

Ce sera un souci constant du Hot Club de faire connaître le Jazz à travers des concerts mais aussi des conférences, auditions et autres soirées d’initiation afin d’élargir le cercle des amateurs.

L’orchestre du Hot Club de Beaune compte alors dans ses rangs : Louis Martin (piano), Henri Gayon (trompette), Jacques Schaelderlé (trombone), Michel Remoissenet (piano), Guy Carry (batterie).

En 1958, le Hot club de Beaune décide de se baptiser du nom glorieux de New Orleans Feetwarmers, du nom de la fameuse formation de Sidney Bechet. Quelques nouveaux s’intègrent à la formation comme Michel Colombo à la clarinette ou Jacques Fedoras au trombone.

Le 1er juin 1958, c’est le premier vrai concert par des musiciens beaunois et chalonnais au Théâtre de verdure dans le cadre de la Foire de Beaune. On retrouve Henri Gayon (trompette), Serge Colombo (clarinette), Daniel Fedoras (trombone), Louis Martin (piano), André Braillard (basse) et Guy Carry (batterie). Le concert est donné dans le plus pur style New Orléans avec des thèmes comme Royal Garden Blues, Chatanooga Stomp, Basin Street Blues, High Society, Canal Street Blues, Charleston, Muskrat Ramble ou Clarinet Marlemade.

12 mai 1959 : concert d’André Reweliotty et son orchestre. Le grand clarinettiste est connu notamment pour avoir accompagné Sidney Bechet dans de nombreux concerts et enregistrements. Hélas, le public vient en petit nombre malgré le renom de l’artiste. La soirée se termine toutefois plutôt bien

Pendant dix ans, le Hot Club organise chaque année à Beaune une nuit du Jazz en invitant à chaque fois un musicien de premier plan qui acceptait aimablement d’être accompagné, impromptu, par ces amateurs.

1960 :  le grand trompettiste Peanuts Holland apprit aux musiciens à faire des changements de tonalité pour donner du relief aux morceaux (sur « When the Saints go marchin’in », ce fut du délire). La salle des Fêtes de l’hôtel de ville avait été décorée par les élèves de l’École des Beaux-arts, la soirée fut exceptionnelle !

Automne 1960 : le café la Concorde devient le QG du Hot Club de Beaune.

25 mars 1961 : Lors de la Quatrième Nuit du Jazz, les musiciens du Hot Club de Beaune baptisent leur formation « The Preachers » pour accompagner Michel de Villers.

Juin 1961 : André Réwéliotty revient à Beaune et se produit devant un public nombreux (environ 5 à 600 spectateurs).

1962 : Gérard Badini vient jouer à Beaune à l’invitation du Hot Club

1962 : Maxim Saury, immense clarinettiste se produit à la Foire de Beaune

En 1965, l’ancien clarinettiste de Louis Armstrong, le célèbre Albert Nicholas joua ses deux merveilleux : « Black and Blue » et « I’ve found a new baby ». Vint ensuite l’illustre citoyen d’honneur de Savigny-lès-Beaune, Bill Coleman.

Le Hot Club de Beaune a également accueilli de grands musiciens français :

  • en 1961 : Michel de Villers (saxophone alto et saxophone baryton),
  • en 1962 : Gérard Badini (saxophone ténor) puis Claude Bolling (piano) et Michel Hausser (vibraphone),
  • en 1966 : Guy Laffitte (saxophone ténor).

Il ne faut pas oublier de citer Maurice Coullenot qui accueillait l’orchestre local dans ses entrepôts avenue de la Sablière pour les répétitions et qui a fait venir, pour une Vente des vins, l’orchestre de Stéphane Grappelli, composé de grandes pointures comme le pianiste Georges Arvanitas, le bassiste Guy Pedersen et le batteur suisse Daniel Humair, sous chapiteau, place Madeleine.

En 1972, le Hot Club de Beaune se met en sommeil après avoir participé au premier Bœuf chez Aristote se déroulant à l’Université de Bourgogne dans l’amphithéâtre du même nom.

Avril 1976 : Bill Coleman se produit à Beaune devant six cents spectateurs, avec en première partie l’Original Jazz Band du Jazz club de France de Raymond Fonsèque.

En 1988, un nouvel arrivant à Beaune, Bernard Flepp réveilla le Hot Club et Louis Martin lui transmet le flambeau après trente-trois ans de présidence.

28 octobre 1988 : le concert des Jazzogènes dans le caveau de l’hôtel de Ville marque donc la réapparition du Hot Club

Le nouveau président organise quasiment une manifestation par mois à Beaune en 1989 et 1990 (concerts, auditions de disques, projection de films, soirées dansantes) et fait de la musique de jazz un réel succès populaire à Beaune.

Le Hot Club fut parrainé par l’ancien sax-ténor de Duke Ellington, Hal Singer, qui vint deux ans de suite, accompagné par Jacky Samson (basse) et Georges Arvanitas (piano). Les concerts ont lieu au bastion de l’hôtel-Dieu puis au caveau de l’hôtel de ville.

Il faut retenir en particulier, outre Hal Singer cité ci-dessus, la date du 29 novembre 1989 : le théâtre de Beaune est complet pour la venue du célèbre pianiste Michel Petrucciani, organisée en collaboration avec l’Office de la Culture de Beaune et en mai 1990, au théâtre de Beaune toujours, la venue de « monsieur Boogie-Woogie » : Jean-Paul Amouroux.

Le 14 juin 1991, l’Assemblée générale entérine le départ de Bernard Flepp qui quitte la présidence. Après une nouvelle année de mise en sommeil, la présidence est confiée à Jacques Lorenzo qui réveille à nouveau le Hot Club, en collaboration étroite avec l’Office de la Culture.

1993 : Jacques Lorenzo prend la présidence du Hot Club après avoir exercé les fonctions de trésorier.

Après un concert gratuit dans les caves de la maison Champy appartenant à Henri Meurgey, avec la participation gracieuse et talentueuse de plusieurs musiciens professeurs de Dijon, le nouveau bureau a pu programmer une soirée dansante avec les Jazz Potes de Jacques Schaelderle et plusieurs concerts avec pour point d’orgue le Big Band de Chalon-sur-Saône, renforcé pour l’occasion par E. Seva (saxophone ténor) et P. Anderson (trombonne).

10 décembre 1994 : le Hot Club fête ses quarante ans avec le concours de Johnny Griffin qui se produit au Palais des congrès de Beaune le 10 décembre Johnny Griffin, saxo ténor, est accompagné au piano par Hervé Sellin, à la contrebasse par Riccardo Del Fra et à la batterie par Jean-Pierre Arnaud.

1996 : le Hot Club de Beaune cesse son activité.


Avertissement

Cet article est une ébauche de ce qui pourrait être une histoire plus complète du Jazz à Beaune. Il est donc possible d’y relever des omissions et / ou des erreurs. N’hésitez pas à contribuer à enrichir nos connaissances communes en contact les Archives municipales de Beaune : archives@mairie-beaune.fr

D’autres initiatives liées au Jazz à Beaune ont bien sûr eu lieu. Nous n’avons pas les archives de ces structures et l’article porte bien sur le Hot Club. Les Archives municipales de Beaune sont toutefois intéressées par tout document se rapportant au sujet.

Les sources utilisées :

  • Archives municipales de Beaune, Fonds Hot Club de Beaune.
  • Souvenirs de M. Louis Martin, membre du Hot Club de Beaune.
  • Pulh Michel, Au fil du Jazz, Bourgogne, 1945-1980, Editions du Murmure, 2011, 316 pages.
  • Collectif, Bourgogne, une terre de Jazz, 1980/2010, Centre régional du Livre et Le Murmure, 2015, 249 pages.

©Archives municipales de Beaune.

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