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Note biographique sur Auguste Dubois (2/5)

Collège, professorat et principalat

En octobre 1873, Auguste Dubois entre comme élève externe au collège de garçons de Beaune, alors dirigé par le principal Lyoen.

En 1875, il perd son père et, en novembre, obtient à Dijon le diplôme de l’enseignement spécial, indication d’une origine sociale modeste. A-t-il accédé à une bourse[1] ?

Deux ans plus tard, en juillet 1877, il est reçu au baccalauréat ès sciences[2]. Il trouve dès octobre un emploi d’aspirant répétiteur au lycée de Troyes et continue à s’instruire en y suivant les cours de mathématiques spéciales et ceux qui préparent à la licence. Après avoir contracté en janvier 1878 un engagement décennal qui l’exonère du service militaire, il est chargé des cours de calcul dans de petites classes (8e, 6e et 5e). Devenu maître répétiteur (mai 1879), il se voit confier un cours de mathématiques dans les classes de grammaire[3].

En octobre 1880, il est nommé au lycée de Grenoble où il passe maître auxiliaire (février 1881) après un examen devant la faculté des sciences[4] et l’avis favorable du recteur :

« L’université doit encourager les études de pareils maîtres qui lui feront ensuite honneur comme professeurs ».

Il prépare parallèlement la licence de sciences mathématiques qu’il obtient en novembre 1881 et l’agrégation de l’enseignement spécial.

Nommé professeur suppléant au collège d’Apt en janvier 1882, il obtient dès le mois de mars un poste de titulaire au collège de Beaune, après avoir mis en avant qu’il lui fallait soutenir sa mère et ses trois neveux orphelins (son frère François est mort deux ans plus tôt)[5]. Le principal de Beaune s’était montré favorable au retour de l’enfant du pays :

Dubois a « laissé d’excellents souvenirs au collège de cette ville, comme élève, il y a cinq ans ».

Il a 48 élèves dans huit classes, de la sixième aux mathématiques élémentaires, et semble renoncer bientôt à préparer l’agrégation. C’est un professeur bien noté, dont les élèves obtiennent des résultats satisfaisants au baccalauréat, et dont les initiatives (excursions, conférences) sont appréciées des autorités[6].

Est-ce pour augmenter ses revenus et pouvoir prétendre épouser sa fiancée Ernestine Vautheleret ? Dès 1884, il demande à être nommé principal. Le recteur croit qu’il peut réussir dans l’administration, « mais il a à peine trente ans ; il peut attendre ». Auguste Dubois refuse cependant en 1888, pour raisons de famille, le principalat du collège d’Eymoutiers dans la Haute-Vienne. Appuyé par une recommandation d’Henri Ricard, médecin à Beaune et député radical de la Côte d’Or, il est nommé en 1894 principal du collège de Tonnerre où il continue par ailleurs d’enseigner les mathématiques. Il est toujours favorablement noté : le recteur décrit

un « homme très courtois et très bien élevé, très droit et très libéral, professeur instruit et clair »

qui vient d’être nommé membre du conseil académique. C’est un bon principal, « la maison est bien tenue et le régime alimentaire convenable ». Il fait preuve de la pondération et de la réserve nécessaires « dans une ville qui, depuis quatre ans, a été à plusieurs reprises et est encore fort agitée par les luttes de partis ». Il continue à développer les œuvres postscolaires : les conférences qu’il donne « sur des sujets divers et dont la plupart s’éloignent de ses études spéciales » l’ont fait connaître et n’ont pas nui au recrutement du collège. Il est donc recommandé pour prendre la direction du collège de Beaune : « L’opinion publique le réclame ». Le maire de la ville, Louis Détang, affirme en août 1898 qu’il a acquis

« l’estime et les sympathies de notre population si profondément républicaine. Ce serait rendre un très grand service à notre collège qui a à lutter contre une institution congréganiste puissante par l’argent et par les moyens d’instruction dont elle dispose[7] ».

En septembre, il remplace donc le principal Salmon, admis à la retraite pour raisons de santé. Les autorités continuent d’apprécier les conférences qu’il organise à Beaune et dans les campagnes, son souci de rendre l’internat agréable[8], sa capacité à maintenir les effectifs du collège (qui rassemble 178 élèves dont 41 pensionnaires en 1905) et les bonnes relations qu’il entretient avec la municipalité. Il est récompensé de ses services par l’obtention des palmes académiques[9].

En 1900, alors qu’il continue à donner deux heures de cours par semaine aux douze élèves de la « classe de commerce », le recteur Adam « voudrait seulement un peu plus d’initiative, de décision et de fermeté dans les cas difficiles ». En 1905, on apprécie qu’Auguste Dubois, chargé de l’enseignement de la morale en 3e et en 4e, sache « se mettre à la portée des enfants ». En mars 1911, l’inspecteur chargé d’inspection générale, Cabe, voit en lui un « esprit juste et prudent ». Il dit avoir été « frappé de la réserve avec laquelle il a su parler de ses propres intérêts devant la commission municipale de l’enseignement et de l’esprit de conciliation et même de désintéressement dont il a fait preuve. »

En juin 1914, l’inspecteur d’académie le décide à rester en fonction alors que, « très éprouvé par la mort de sa femme », il a « eu un moment l’intention de se retirer ».

Car c’est un « fonctionnaire très méritant par sa conscience et son zèle, bien que parfois un peu hésitant et timoré, [un] principal aimé de ses professeurs, très considéré des familles et jouissant d’un grand crédit auprès du public beaunois ».

 

En 1914, Auguste Dubois assure la réouverture du collège dont les bâtiments ont été réquisitionnés pour servir d’hôpital militaire en répartissant les classes dans diverses maisons particulières appartenant à des familles amies – seul l’internat ne fonctionne pas durant la guerre. Alors que l’inspecteur d’académie regrette en avril 1915 « des incidents de discipline fâcheux » et les attribue à la fatigue du principal[10], le recteur souligne en 1916 qu’il « n’a pas dépendu de M. Dubois que l’installation provisoire du collège ne fût plus satisfaisante. Telle quelle, elle est entièrement due à son initiative et à son crédit personnel, qui est considérable à Beaune ». Il ne peut donc être question de sa demande de mise à la retraite. Dans ce contexte de guerre, Auguste Dubois donne bénévolement 17 heures de cours pour 59 élèves de 3e et de 4e.

En juin 1917, il confirme vouloir demander sa retraite une fois la guerre passée. En attendant, il participe à la propagande patriotique en encourageant ses concitoyens à confier leur or à l’État et à participer aux emprunts de guerre.

En 1918 il fonde une section beaunoise du Souvenir Français (il en conservera la présidence jusqu’à la fin de sa vie). Il s’engage aussi en faveur de l’imprimerie du Livre de l’Aveugle, sans doute en lien avec l’association nationale de l’Union des aveugles de guerre[11]. Fin août 1918, après avoir dirigé pendant vingt ans le collège de garçons, il obtient un congé d’inactivité pour raisons de santé. Retraité à partir du 1er janvier 1919, il est nommé principal honoraire.

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[1] Le coût de l’externat, versé en trois termes, était quelques années plus tard de 50 fr. par an pour les classes de l’enseignement spécial et de 90 fr. pour celles de mathématiques élémentaires (prospectus du collège de Beaune signé du principal Louis Déruelle, s. d. [v. 1885], AMB, 50 Z 27).

[2] Ce parcours est dans la norme : « Les élèves qui sortent de la 4e année d’enseignement spécial passent d’habitude une année en mathématiques élémentaires pour se présenter aux examens du baccalauréat ès-sciences » (prospectus, op. cit. supra).

[3] Par délégation rectorale, puis, après avoir passé un examen comprenant à l’écrit une version latine et une composition mathématique, et à l’oral des interrogations sur le Traité des études de Rollin, par nomination ministérielle (arrêté de février 1878).

[4] Il est interrogé à l’écrit sur un problème de géométrie analytique, à l’oral sur les matières des cours de mathématiques spéciales.

[5] Françoise Marchand passera la fin de sa vie auprès de son fils aîné resté célibataire, 53 faubourg Saint-Nicolas.

[6] Il organise par exemple une excursion annuelle pour familiariser les élèves avec les opérations géodésiques.

[7] ANF, F 17, 22 443.

[8] Le recteur Adam évoque en 1900 à propos de Dubois les « promenades et excursions qu’il dirige lui-même, petites fêtes de famille, de temps en temps, le soir. Le principal et sa famille prennent leur repas au réfectoire même, parmi les élèves. Au besoin, pour remplacer un maître, le principal couche au dortoir. Seul de l’académie, il a inauguré un service de directeurs des études, fait par trois professeurs du collège ».

[9] Auguste Dubois est nommé officier de l’instruction publique le 14 juillet 1901.

[10] Auguste Dubois signale ces incidents dans son journal, les 19, 21 et 22 janvier 1915.

[11] Une ancienne institutrice, Mlle J. Bez, travaillait à cette œuvre.

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