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Note biographique sur Auguste Dubois (4/5)

Responsabilités municipales

En décembre 1919, Auguste Dubois est élu à la tête de la municipalité de Beaune[1]. Si l’on en croit un projet de lettre rédigé quinze ans plus tard, ce serait

« par faiblesse et pour ne pas désobliger M. Vincent », maire sortant, qu’il se serait « laissé porter sur une liste de candidats au conseil municipal »[2].

C’est une décision qu’il regrette a posteriori :

« le malheur a voulu que je fusse élu, que je devinsse maire ; ce fut la plus grande erreur de ma vie »[3].

Républicain, Dubois n’est affilié à aucun parti politique[4]. Dans un contexte marqué par le tout récent succès aux législatives d’un Bloc national rassemblant droite et centre-droit sur un programme de stricte application des traités de guerre et de fermeté contre toute menace révolutionnaire, Auguste Dubois a certainement séduit pour sa modération, sa capacité d’arbitrage, son engagement patriotique et son implication dans le tissu associatif local[5].

L’ancien principal du collège public ne pouvait être taxé de cléricalisme. Il s’opposait cependant à un anticléricalisme diviseur qu’il jugeait injuste : les familles dont les enfants ne fréquentaient pas les écoles laïques contribuaient à leur fonctionnement par l’impôt[6]. Premier des maires de la ville à n’être pas franc-maçon depuis 1871, il entretenait d’ailleurs de bons rapports avec les autorités religieuses locales, ce dont témoigne sa correspondance pour les années qui suivent la fin de son mandat[7]. En 1929, la sœur Roux, supérieure de l’Hôtel-Dieu, regrette qu’il ne se soit pas représenté à municipalité : « Nous avions espéré, en effet, que vous continuiez la charge dont vous vous acquittiez avec tant de dévouement et d’urbanité[8]. »

Patriote, il est hanté par la crainte d’une Allemagne aspirant à la revanche. Il préside à l’érection sur la promenade des Buttes du monument aux Morts de la Grande Guerre que vient inaugurer en avril 1925 le général Alphonse Nudant[9]. Mais c’est avant tout à un socialisme révolutionnaire où il ne voit qu’une force de dissolution et de destruction qu’il s’oppose. On peut en cela le rapprocher d’un Raymond Poincaré (1860-1934) ou d’un Alexandre Millerand (1859-1943) qui sera reçu officiellement par la ville en juillet 1923[10].

Parmi les événements qui ponctuent sa mandature, en plus des manifestations traditionnelles comme la vente aux enchères des vins aux Hospices en novembre[11], on peut signaler le lancement des fêtes de la vigne et du vin en juillet 1922 (elles étaient prévues dès 1913). Du point de vue de la politique scolaire de la ville, on note le projet d’acquisition des bâtiments du collège de jeunes filles. Malgré un froid en 1923 avec le directeur du Journal de Beaune, René Bertrand[12], Auguste Dubois est réélu en mai 1925 à la tête du conseil municipal face à Louis Barbier[13], candidat représentant la gauche laïque.

En 1929, la fin de son mandat ne marque pas de rupture : c’est son premier adjoint, Émile Labet, qui lui succède. À l’occasion des élections complémentaires de 1932 qui verront l’accession de Roger Duchet à la tête de la municipalité, un envoyé de la Grande Loge de France dresse un bilan critique de la situation locale de son point de vue : «… La ville de Beaune qui autrefois était avancée s’était trouvée par suite des élections de 1919 aux mains de la pire réaction provinciale. Pendant treize ans, Beaune a vécu “sous l’étouffoir clérical”. Vivant dans une atmosphère de petite ville où l’on redoute de se compromettre, les Beaunois craignirent qu’en entrant à la L…, ce qui se serait forcément su, ils n’éprouvent quelques vexations dans leur situation prof…[14] ».

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[1] Les élections municipales ont eu lieu les 30 novembre et 7 décembre 1919, au lendemain des législatives les 16 et le 30 novembre.

[2] Auguste Dubois à M. Fromageot, projet de lettre, St Pol-de-Ternoise, 20 avril 1936 (AMB, 50 Z 47).

[3] Ibid. Ce regret tient sans doute en partie aux conséquences de ce mandat politique sur ses proches, exposés à être observés par des adversaires politiques prêts à exploiter contre un maire membre de la Ligue de la moralité publique qui ce qui pouvait apparaître alors comme une faillite morale – en l’occurrence la naissance d’un enfant hors mariage.

[4] Il en fait même un principe : « Une idée que l’on croit vraie aujourd’hui apparaît fausse demain et inversement ; par suite, au cours de la vie, à mesure que l’expérience s’enrichit, l’opinion se modifie et le scepticisme naît et s’intensifie ; aussi, frappé de très bonne heure par ces faits, j’ai, dès l’âge de vingt-huit ou trente ans, pris la résolution de n’être d’aucun parti et de ne m’affilier à aucun groupement politique ou même professionnel » (ibid.).

[5] Ses services lui valent d’être fait chevalier de la Légion d’honneur en 1920 – ce qui ne l’empêche pas de relever en 1936 que la période électorale s’accompagne d’une « distribution de poireaux et de rubans rouges », c’est-à-dire de médailles du Mérite agricole et de Légions d’honneur (projet de lettre d’Auguste Dubois à Bernard Bard, directeur honoraire de l’école de garçons de Beaune, avril 1936, AMB, 50 Z 38).

[6] La question des allocations scolaires a souvent été dans les conseils municipaux la pierre de touche d’une laïcité étroite.

[7] Dans les années 1930, il entretient des rapports courtois avec l’archiprêtre de Beaune, le vicaire général de Dijon, Georges Jacquin, et l’évêque, Mgr Petit de Julleville, mais aussi avec Godefroid Bélorgey (1880-1964), depuis 1932 abbé auxiliaire de Cîteaux (AMB, 50 Z 111).

[8] La sœur déplore en particulier sa « disparition de la présidence du conseil d’administration de nos hospices » et espère qu’il continuera à leur faire des visites charitables (AMB, 50 Z 110).

[9] Le projet avait été confié à un comité dès mai 1919 et l’autorisation obtenue en juin. Le concours est remporté par Emmanuel Ladmiral, né en 1893, membre de la Société des artistes français, à qui l’on doit aussi le monument aux morts de Vannes. Alphonse Nudant (1861-1952), ancien élève du collège Monge, entretenait des relations familières avec Auguste Dubois (A. Nudant à A. Dubois, 1er oct. 1939, AMB, 50 Z 121).

[11] En 1928, les cours sont exceptionnellement hauts.

[12] Leur brouille aurait fait suite à la publication d’une information sur les plantations du rempart : Auguste Dubois y aurait vu de la malveillance. Elle témoigne sans doute aussi de divergences politiques, René Bertrand affirmant sans doute un républicanisme clairement détaché de la religion, en opposition à la presse catholique locale. Les deux hommes qui avaient voyagé ensemble à Berlin en 1912 se réconcilient cependant : le Journal de Beaune apporte son soutien à Dubois en 1925 et leur correspondance vers 1935 témoigne de leurs bonnes relations (AMB, 50 Z 36).

[13] Louis Barbier aurait obtenu 11 voix contre 14 à Auguste Dubois. Franc-maçon, et le seul du conseil à l’être, il a fait partie des adjoints d’Auguste Dubois (mais a-t-il été son premier adjoint comme l’écrit D.‑P. Lobreau (Chers frères…, op. cit., p. 221) ?

[14] Archives de la grande loge de France, dossier 226, rapport de l’inspecteur Bénielli [du Travail écossais), 16 oct. 1932 (cité par D.-P. Lobreau, ibid.).

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