Articles·Maires et élus·Portraits·Trésors d'archives

Note biographique sur Auguste Dubois (5/5)

Dernières années

Depuis la mise en minorité d’Émile Labet et l’accès au pouvoir d’une nouvelle équipe dirigée par le jeune Roger Duchet (1904-1981), Auguste Dubois lutte, avec le concours de Maurice Emmanuel, d’Émile Goussery, du docteur Louis Poisot et de Pierre Ricaud[1], pour la préservation du patrimoine historique et artistique de la ville. Sans rompre avec la nouvelle équipe[2], il tâche d’obtenir le classement des principaux sites, tel l’ensemble des remparts qui court le risque d’être l’objet d’aménagements (tennis, kiosques, comblement du « creux aux chevaux », etc.). Mais il ne peut empêcher le petit mur de clôture des Buttes d’être abattu en 1936, première étape de l’anéantissement, une trentaine d’années plus tard, de cette magnifique promenade de grands arbres, devenue un parcage bitumé.

Que reste-t-il de la promenade de l’Aigue ou du Jardin anglais ? Le parc de la Bouzaise est abîmé, notamment par un pavillon. Le site de Fontaine-Froide, à Savigny, est enclos en 1937… Les premières menaces d’empiètement de la motorisation et de l’urbanisation industrielle, aggravées par l’indifférence de trop de municipaux, assombrissent ces années d’avant-guerre ; d’autres constructions de cette époque, inutiles ou laides, disparaîtront heureusement plus tard, comme l’auditorium ou le kiosque du Syndicat d’initiative…

En 1936, proche de la Fédération républicaine, Auguste Dubois refuse cependant de se « laisser inscrire même à l’Union républicaine, nationale et sociale », bien qu’il souhaite la réélection de son candidat Auguste Jacot et qu’il apporte sa contribution pour financer sa campagne[3]. Concernant la politique internationale, il exprime son inquiétude devant l’isolement de la France face à une Allemagne dangereuse, alors que l’Angleterre reste l’ennemie séculaire et l’Italie la patrie de Machiavel. Il exprime ses réserves devant ceux qui invitent à un rapprochement avec l’Italie fasciste : Mussolini, arrivé au pouvoir par la terreur et l’huile de ricin n’était pas en droit d’attaquer l’Éthiopie[4].

En 1921, sa fille unique, Germaine, s’était mariée avec un jeune professeur d’allemand affecté l’année précédente au collège Monge, René Callais[5]. Auguste Dubois avait encouragé son gendre à entrer à son tour dans la carrière du principalat. Après la nomination de ce dernier à la tête du collège de Cholet (1927) – ce seront ensuite Saint-Pol en Ternoise (1935-1937) et Château-Thierry –, Auguste Dubois passe une grande partie de l’année loin de Beaune, auprès de ses huit petits-enfants, nés entre 1922 et 1940[6]. Il veut en effet remplir son rôle de grand-père.

Sa santé est moins bonne à partir du milieu des années trente, après une mauvaise chute à Paris où il est allé visiter l’exposition coloniale (1931). En 1935, il se fait opérer de la cataracte à Nantes. Son dernier séjour dans son domicile beaunois du 4, boulevard Saint-Martin (dédié depuis 1930 au maréchal Foch) date de 1938[7].

Le 20 novembre 1940, après avoir connu l’exode qui l’a entraîné de Château-Thierry au Val-André, dans les Côtes-du-Nord, Auguste Dubois meurt dans la chambre qu’il occupe chez son gendre au collège Jean de La Fontaine de Château-Thierry après avoir reçu les sacrements de l’Église en présence de ses petits-enfants[8]. Après des obsèques dans l’église Notre-Dame, il est enterré aux côtés de son épouse dans le cimetière de Beaune.

Retour << Responsabilités municipales

[1] Le brasseur Pierre Ricaud, membre de la chambre de commerce et président de l’association des anciens élèves du collège Monge, est à la tête du syndicat d’initiative jusqu’à sa mort en janvier 1938.

[2] Auguste Dubois prononce ainsi un discours à l’occasion de l’inauguration par Roger Duchet du monument en l’honneur de Jean Guiral, le 16 juillet 1933, en présence des gymnastes de La Beaunoise. En témoignent des photographies (AMB, 10 Fi 106 à 109).

[3] A. Dubois à M. Fromageot, projet de lettre, St Pol-de-Ternoise, 20 avril 1936 (AMB, 50 Z 47). Auguste Jacot a fait partie du conseil municipal de Beaune de 1919 à 1932. Mal défendu par un comité de soutien peu avisé si l’on en croit Auguste Dubois, il avait déjà été défait aux municipales de 1932 face la liste conduite par Raymond Guiral (A. Dubois à Emile Goussery, 1936, AMB, 50 Z 115). Il est à nouveau battu au second tour des législatives de 1936 par le socialiste Jean Bouhey, après le retrait du « jeune turc » radical Roger Duchet.

[4] A. Dubois à Émile Goussery, 1936 (AMB, 50 Z 115).

[5] Germaine Dubois fait partie de cette génération de Beaunoises marquées par l’organisation de l’Université américaine en 1919. Son père aurait refusé son agrément à un officier américain l’ayant demandée en mariage, par crainte des effets d’un si grand éloignement.

[6] Il conserve cependant ses attaches avec le collège Monge, ce dont témoigne la remise en 1937 d’un prix portant le nom de Dubois-Vautheleret, qu’il a sans doute fondé et financé (AMB, 50 Z 81).

[7] La maison louée par Auguste Dubois sera occupée en 1940 par les Allemands et en partie pillée (le coffre-fort, contenant divers souvenirs de famille, est alors forcé).

[8] Il dit alors, selon le témoignage de son petit-fils : « Voici l’essentiel, la philosophie n’est rien à côté.» Un faire part de décès est conservé aux AMB (Fonds Petitjean, 66 Z 356).

Une réflexion au sujet de « Note biographique sur Auguste Dubois (5/5) »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s