1914 - 1918·Articles·Epidémies·Trésors d'archives·Vie locale

Le patois de Biâne

Langue d’oïl, Bourguignon et patois beaunois

Nous trouvons dans le Journal de Beaune, dans les années 1910-1920, de courts articles en patois de Beaune. Ces articles sont signés Jacquou le Croquant mais notre connaissance de ce personnage s’arrête ici. Quoiqu’il en soit, il fait partie de ces nombreux savants et amateurs qui, par jeu ou par intérêt scientifique, ont essayé de conserver et de faire vivre ce patois, alors en voie de disparition.  

Le Bourguignon est une langue d’oïl, donc originaire du bas-latin, mâtiné d’apports gaulois c’est-à-dire des Celtes d’avant la conquête romaine, puis de mots germaniques et burgondes avec les Grandes invasions, enfin de mots venus des Pays-Bas bourguignons (hollandais, flamands). Cependant, la centralisation étatique commencée depuis le Moyen Age autour de la figure du Roi, l’apparition et la généralisation de l’École de Jules Ferry et enfin le Service militaire ont conduit à faire du Français la langue unique de notre territoire. Il faut donc voir dans ces petits textes la volonté de conserver un élément d’identité locale qui est déjà en 1918 en cours d’extinction. »

Extrait du Journal de Beaune du 23 novembre 1918

Transcription du texte

« Près de Beaune, le 20 novembre 1918,
Monsieur le rédacteur,
Puisqu’au jour d’aujourd’hui, les savants cherchent un moyen de guérir les malades de la grippe, je crois manquer à mon devoir envers l’humanité si je garde pour moi tout seul un secret qui n’en est pas un, puisque je le connais, avec lequel on est sûr de se guérir en une demi-journée.
Voici le remède, je vous le garantis assurément. Dès que vous vous sentirez avoir mal à la tête, avoir des frissons, mettez-vous au lit, un bon édredon sur vos pieds, faites mettre sur l’édredon tout à fait au pied un chapeau, de préférence un chapeau haut de forme, vous en avez bien un, cela n’a aucune espèce d’importance. Après cela, votre bourgeoise (femme), ou bien n’importe qui, vous ferez chauffer du vin bien bien sucré, que vous boirez le plus chaud possible, et cela tout en regardant de temps en temps de chapeau qui est au pied de l’édredon. Quand vous verrez deux chapeaux, le remède aura fait son effet, et vous serez guéri.
Je suis bien sûr que si le vieux bon dieu boche (Thor ?) avait fait ce remède-là, il n’aurait pas attrapé la grippe et puis il aurait pu s’occuper des affaires de la Bochie (l’Allemagne). Il parait qu’ils n’ont plus rien à diner dans ce pays-là et que c’est nous qui devons le ravitailler, c’est même pour cela que le Ministre du ravitaillement a demandé qu’on ramasse les glands. Cela serait bon pour eux.
Je vous salue bien honnêtement,
Jacquou le Croquant

1918 en quelques mots

            Si nous avons choisi ce texte, c’est parce qu’il encapsule en quelques lignes seulement plusieurs aspects de la vie politique et sociale de la fin de l’année 1918. D’abord, sur un ton humoristique, l’auteur de ce billet nous parle de la grippe et évidemment pas de n’importe laquelle. S’il fait référence à la maladie c’est que l’épidémie de Grippe espagnole est à son paroxysme. Elle sévit dans le monde entier dans une population affaiblie par les pénuries liées à la guerre et propagée par les déplacements de troupes. D’ailleurs, dans un article du même patoisant paru quelques semaines auparavant, il se plaint de ne pouvoir écrire plus souvent, affaibli qu’il est par le manque de viande et le fait qu’il ne mange « qê des treuffes, tojour dai treuffes ».

            Enfin, le dernier paragraphe, un peu plus obscur lorsqu’il parle du « vieux bon dieu boche » (peut-être une référence à Thor qui, s’étant grippé, n’a pas pu mener les Allemands à la victoire), est une marque incontestable du « bourrage de crâne » des quatre dernières années. Il a façonné une haine viscérale des Français envers les Allemands puisque « le Minisse du revictuaillement » va leur faire envoyer des « gliands » aliment traditionnel des porcs. La comparaison de l’ennemi, surtout des généraux et dirigeants allemands, avec les cochons est un lieu commun fréquent dans la propagande de la Première Guerre mondiale.        

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s