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Vergnette, l’autre Pasteur

2022 marque les 200 ans de la naissance de Louis Pasteur pionnier de la microbiologie et qui connut de son vivant une célébrité internationale après avoir mis au point un vaccin contre la rage. Mais Pasteur, c’est aussi une multitude de travaux, notamment des expériences sur les maladies du vin qui en altèrent la conservation et le goût. Mais dans ce domaine, il faut aussi citer les contributions d’autres savants dont l’un des alter-ego de Pasteur, le Beaunois Alfred Vergnette de Lamotte.

Vies Parallèles

Alfred Vergnette de Lamotte, © AMB.

Louis Pasteur naît en 1822 à Dole dans une famille possédant une tannerie à Arbois. Alfred Vergnette de Lamotte voit le jour à Beaune en 1806 dans la noblesse beaunoise locale. Ils ont tous deux un parcours scolaire prestigieux, Louis Pasteur terminant à l’École normale supérieure et Alfred Vergnette, polytechnicien, sortant ingénieur de l’École des Mines. Pasteur devient professeur de chimie après son doctorat tandis que Vergnette s’installe à Beaune dans les années 1830 où, grâce à l’héritage de son épouse, Henriette Nodot, il se trouve à la tête d’un important domaine viticole qui lui permet de se lancer dans des expériences agronomiques sur le vin. Pasteur traite lui aussi de la fermentation, et poursuit ses travaux dans la maison familiale d’Arbois où il possède des vignes. Ils travaillent tous les deux, après les premiers travaux de Nicolas Appert (1749-1841, inventeur des premières conserves alimentaires), sur la création de méthodes pour conserver les vins. Le commerce français souffre des pertes engendrées par l’altération des vins, notamment pendant le transport. Vergnette est l’un des témoins directs de ce phénomène en Bourgogne et parvient à proposer des méthodes, notamment par chauffage des vins, pour éliminer les microorganismes responsables des maladies du vin (maladie de la fleur, piqûres, maladie de la tourne, maladie de l’amertume…). Pasteur arrive à des conclusions similaires à la même période.

1866

Pasteur et Vergnette connaissent réciproquement leurs travaux grâce aux revues scientifiques et à la presse. Ils ont même correspondu pour exposer leurs théories et corriger celles de l’autre et pour se donner des informations sur leurs expériences. Pourtant une querelle émerge entre les deux savants au début des années 1860 pour savoir qui est le père de la méthode du chauffage des vins. Si Vergnette propose ses travaux à l’Académie des Sciences avant Pasteur, ce dernier argue qu’il a déposé un brevet quelques semaines avant la publication des travaux de Vergnette. En 1866, ils publient chacun un livre sur ces questions, peut être animés par les suites de leur querelle :  Études sur le vin, ses maladies, causes qui les provoquent, Procédés nouveaux pour le conserver et pour le vieillir, pour Pasteur et Le vin pour Vergnette. Les deux livres rencontrent un vif succès et sont plusieurs fois réédités, démontrant ainsi, quels que soient leurs différends, l’importance de leurs travaux pour une population entière qui vit de la vigne. 

Bouillon de Culture

Mais le vrai point qui fait l’Histoire n’est finalement pas de savoir de qui est l’invention mais plutôt de voir ce que l’étude du vin par ces deux scientifiques révèle de leur époque. Si la paternité du chauffage des vins leur importe tant – en dehors du prestige académique – c’est qu’en scientifiques du XIXe siècle ce sont aussi des entrepreneurs. Le développement de brevets et de marques déposées permet de retirer des bénéfices concrets des découvertes. Le moteur des recherches des deux hommes est donc aussi de répondre à des problèmes auxquels se confronte le monde agricole, dans un souci de moderniser les pratiques et d’éloigner le spectre des famines et des disettes. Enfin, leurs travaux montrent l’intérêt de la recherche fondamentale dans le progrès technique et humain. En effet, c’est par leur émulation réciproque que la science a progressé. Vouloir attribuer une paternité à tout prix à ces avancées, c’est oublier que l’accumulation de connaissances entraîne … de nouvelles découvertes qui peuvent se faire à différents points du monde au même moment.


Publiée dans l’Echos des Coms n° 278 du 8 novembre 2022. MC.

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