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Le climat de l’année 1788

Les années pré-révolutionnaires sont connues pour leur climat difficile, certains auteurs ayant même vu dans les soucis engendrés par les mauvaises récoltes une des causes des troubles révolutionnaires. Si bien évidemment les causes de la Révolution française sont bien plus complexes, il n’est pas inintéressant de ce pencher sur cette période marquée par le « petit âge glaciaire » ressenti partout dans le pays.

Si ces faits sont connus sur le plan national, les témoignages locaux sont toujours appréciables par leur aspect concret et ancrés dans un territoire donné. A Beaune, c’est Henry Clémencet qui évoque la question dans le deuxième volume de son « recueil des amusements de Henry Clémencet ».

Voici le texte brut tiré de ce recueil :

Températures de l’année 1788

« L’année mil sept cent quatre vingt huit a été des plus remarquables par la singularité de sa température. Il tomba de la pluye pendant quarante jours exactement. Les vignes furent endommagées dans la côte par l’humidité consécutive. La sérénité étant venue, la vendange fut très précoce et la sécheresse qui survint continua jusqu’au mois de décembre. Les sources étoient taries, les ruisseaux ne fournissoient plus d’eau, il en coutoit jusqu’à huit et dix sols par mesure pour moudre. Le froid a succédé à la sécheresse, il a plu une journée entière. La pluye geloit à mesure qu’elle tomboit, elle s’amonceloit tellement que les branches des arbres cassèrent, ne pouvant soutenir le poids des glaçons.[1] Le vent du septentrion vint à chasser la désolation, il étoit si impétueux que les gens de la campagne ne pouvoient pas venir en ville, ni ceux de la ville sortir pour la campagne. Chacun étoit prisonnier dans sa maison. Le verglas a commencé les premiers jours de décembre et n’a relaché que le quatorse de janvier. Si je faisois le détail de la misère de ce tems, j’arracherois les larmes des yeux des gens dont les cœurs sont les plus endurcis. On fut contraint de faire des moulins à bras et sur les rivières, à l’aide des cordages et à force de bras, on faisoit tourner la meule avec beaucoup de fatigue. La Charité ouvrit son sein, on donna du pain aux pauvres, on chauffoit les malheureux avec du charbon de pierre sur des grilles de fer. On donna du bois de chauffage, même de l’argent. Plusieurs personnes sont mortes de faim et de froid. Le pain s’est vendu huit sols six deniers la livre. La moûture est devenue si rare et si fatigante qu’on a posté des gardes dans les moulins pour ne servir que pour l’usage des habitants des lieux. Les gens de la campagne étoient les plus à plaindre. Tout servoit pour la mouture. Les moulins à vent, ceux à bras, même ceux à tabac et à poivre ont été mis en usage pour le bled. Un meunier nommé Bureau à Saint Martin a pris jusques à quinze, dix huit, même vingt huit sols pour moudre une seule mesure de bled. Dieu veuille qu’on ne revoye jamais de pareils malheurs.« 

Au contraire d’autres témoignages de la même époque, Clémencet ne parle pas de l’orage de grêle du 13 juillet qui a ravagé les cultures dans tout le pays. Il s’attarde davantage sur la sécheresse estivale et sur l’épouvantable hiver qui suivit ainsi que sur les conséquences économiques de ces excès climatiques : la rareté et la hausse du prix du blé.

Sources :

Archives municipales de Beaune, 45 Z, « 2e recueil des amusemens de Henry Clemencet »

[1] La vague de froid est tellement intense que la Seine gèle à Paris tout comme le Rhône ou la Saône. voir notamment : http://www.climat-en-questions.fr/sites/www.climat-en-questions.fr/files/file_fields/2014/08/14/articlemeteoetclimat_0.pdf

 

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