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Note biographique sur Auguste Dubois (1/5)

par François Callais et Alain Messaoudi

Enfance et famille

Pierre Auguste Dubois est né le 17 avril 1858 à Seurre, dans une modeste famille de la Plaine, région de petites cultures et de forêts entre la Côte riche de ses vignobles et l’axe fluvial de la Saône, voie de communication en même temps que limite.

Son père, Philibert Dubois (Argilly, 1813 – Beaune, 1875), était le fils naturel d’une couturière d’Argilly[1], Marie Dubois, qui quitta son village natal pour Boncourt-le-Bois où elle travailla comme manouvrière avant de mourir le 2 octobre 1834 à l’hospice civil de Nuits Saint-Georges.

Sa mère, Françoise Marchand (Boncourt le Bois, 1818 – Beaune, 1911) était d’une famille de petits cultivateurs de Boncourt[2].

Lorsqu’ils s’installent à Seurre, faubourg Saint-Michel, Philibert et Françoise Dubois ont deux fils, Pierre (Boncourt-le-Bois, 1837 – Beaune, 1924) et François (Boncourt-le-Bois, 1848 – Beaune, 1880). À la naissance d’Auguste, son frère Pierre a vingt ans passés, et a déjà quitté le foyer familial : il a été incorporé dans l’armée après qu’un mauvais numéro lui fut échu au tirage au sort qui permet de désigner les futurs conscrits. Il participe donc à la campagne d’Italie (1859-1861) et poursuit sa carrière dans les armes, participant à la défense de Paris en 1870-1871, avant de se retirer à Beaune[3].

Le frère cadet, François (1848-1881), a seize ans (et Auguste six) lorsque la famille quitte Seurre et s’installe en 1864 à Beaune, faubourg Saint-Nicolas, où Philibert exerce le métier de voiturier[4]. François, qu’on y retrouve cafetier[5] et faisant le commerce du bois, épouse en 1872 Marie Commeaux (1851- ?) dont il aura trois enfants avant de mourir prématurément à 34 ans[6]. Est-ce pour assurer une meilleure éducation à leur fils benjamin que Philibert et Françoise Dubois se sont fixés à Beaune ? Auguste Dubois quitte l’école communale de Seurre pour l’école mutuelle de Beaune, installée dans une aile de l’hôtel-de-ville et dirigée par Louis Drouot[7]. Mais il conserve des liens avec le village natal de sa mère[8].

La chute de Napoléon III et l’occupation prussienne de 1870-1871 le marquent fortement[9]. Il conserve jusqu’à ses derniers jours des souvenirs vifs de la guerre. Fierté du courage de l’enfant qu’il a été en même temps que conscience du caractère dérisoire de sa participation à la défense du pays contre les envahisseurs – en gardant des chevaux cachés dans une forêt dans l’illusion de les soustraire ainsi au regard de l’ennemi[10] ou en organisant une troupe d’enfants avec ses camarades du faubourg[11] afin de s’opposer à l’entrée des Prussiens dans la ville et en leur lançant des cailloux, près du petit mur des Buttes où des travaux avaient creusé des tranchées[12]. Mais aussi tableau terrifiant et sombres des cadavres et des chevaux morts près de Boncourt-le-Bois, au lendemain de la bataille de Nuits, le 20 décembre 1870[13].

Auguste Dubois se fait remarquer pour ses capacités en mathématiques : lauréat du concours cantonal puis du concours académique (il obtient le prix Monge fondé en 1846 par la comtesse de Péluze, veuve du mathématicien), il est encouragé à poursuivre ses études au collège[14]. Mais il faudra attendre encore de longues années avant qu’il puisse espérer épouser la fille de voisins mieux dotés du faubourg, de l’autre côté de la rue. Le père d’Ernestine Vautheleret (Beaune, 1857 – Beaune, 1913[15]), Frédéric dit Fidéli Vautheleret (Ladoix-Serrigny, 1823 ou 1825 – Beaune, 1903), apprenti puis maître bourrelier du faubourg Saint-Nicolas et ancien compagnon du Tour de France[16], avait lui-même épousé la fille de son patron, Marie Clerc (Beaune 1820 – Beaune 1877)[17]. Fier d’être parvenu à vivre bourgeoisement, il ne céderait la main de sa fille qu’à un gendre solidement établi[18]. Ce n’est qu’en 1894, après la nomination d’Auguste Dubois à la direction d’un collège, que le mariage pourra avoir lieu.

Lire la suite >> Collège, professorat et principalat

[1] Marie Dubois est sans doute née le 2 juillet 1781, fille légitime de Claude Dubois, vigneron à Argilly et d’Anne Remendet (les archives mentionnent cependant aussi une Anne Marie Dubois, née le 21 mai 1778 de père et mère inconnus). Une tradition familiale fait du père de Philibert un notable local.

[2] Fruit du mariage à Boncourt en 1814 (?) d’Émilland Marchand (Bagnot, 1783- ?, 1835 ?) et de Marguerite Naudin (Boncourt-le-Bois, 1789-1873), Françoise Marchand a pour grand-mère paternelle Jacques Marchand (Bonnencontre, 1735-?, 1811), « concierge » du château de Bagnot avant de s’installer comme cultivateur à Boncourt.

[3] Une pièce de correspondance relate que Pierre Dubois, ayant été élu capitaine des mobiles en 1870, eut un moment sous ses ordres le comte René de Poligny, châtelain de la Berchère à Boncourt, dont il avait été auparavant l’ordonnance. Le comte s’en serait amusé.

[4] Ce faubourg est peuplé de vignerons mais aussi d’artisans dont les métiers sont liés au transport car Saint-Nicolas se trouve sur la route de Dijon. C’est pourquoi il n’est pas étonnant d’y trouver des voituriers ou des aubergistes.

[5] Sans doute le Café du Siècle, 19 faubourg Saint-Nicolas.

[6] Les deux aînés, François Auguste (Beaune, 1874 – Beaune, 1893) et Adèle (Beaune, 1876 – Royan, 1945) seront recueillis par leur oncle Auguste, tandis que le benjamin, Émile (1877 ou 1879 ?-1949), sera pris en charge par sa grand-mère maternelle à Corberon où il deviendra marchand de bestiaux.

[7] Louis Drouot (1818-1894) a dirigé l’école mutuelle de Beaune entre 1863 et 1877.

[8] Une des sœurs cadettes de Françoise Marchand, Marguerite, reste établie à Boncourt où elle meurt célibataire en octobre 1914.

[9] « Dans ma naïveté d’enfant, d’enfant qui avait vécu dans un milieu simple, je m’étais accoutumé à classer les hommes d’après leurs forces et par là j’entendais leurs puissances physiques, intellectuelles et morales, et cette classification était jalonnée, si j’ose ainsi parler, par trois personnes sur lesquelles se fixait mon admiration : mon père, Monsieur le curé, et au-dessus de tous, tel un dieu, l’Empereur ; aussi conçoit-on facilement mon indignation quand j’entendais mal parler de mon idole » (A. Dubois, Termes images et souvenirs fanés de ma lointaine enfance, Archives Municipales de Beaune (AMB), 50 Z 134).

[10] Journal de guerre, 27 mai 1917.

[11] Journal de guerre, 7 mars 1915.

[12] En 1935-1936, sous la municipalité de Duchet, Auguste Dubois déplora la démolition de ce mur lors de l’aménagement de cet espace vert en parcage à voitures.

[13] Journal de guerre, 1er novembre 1914.

[14] L’ensemble des indications concernant la formation et la carrière universitaire d’Auguste Dubois se fonde sur son dossier de carrière Archives Nationales de France (ANF), F 17, 22 443).

[15] Faire part de décès, Fonds Petitjean, Archives Municipales de Beaune, 66 Z 354 (Ernestine Vautheleret meurt le 29 septembre 1913).

[16] Fidéli dont le père, Jean Joseph Vautheleret, soldat des armées napoléoniennes, avait été blessé en 1808 au siège de Gaète, tient son prénom de son parrain Micaël Fideli Basler, brasseur faubourg Saint-Nicolas. Les archives familiales conservent son livret de compagnon. En 1881, les Vautheleret acquièrent une maison voisine de celle des Dubois, 21 faubourg Saint-Nicolas.

[17] Faire part de décès d’Anne Joséphine Clerc, morte en 1911 (AMB, Fonds Petitjean, 66 Z 250), avant que la famille Vautheleret se soit fixée au 21, maison acquise en 1881

[18] Fidéli Vautheleret est sans doute apparenté au négociant en vins Henri-Denis Vautheleret, né à Beaune en 1848, président de la société d’émulation et conseiller municipal, qui fréquente régulièrement la loge maçonnique le Réveil de la Côte d’Or entre 1886 et 1889 (Daniel-Paul Lobreau, Chers frères et bons cousins. Franc-maçonnerie et sociétés secrètes à Beaune et en Bourgogne (1760-1940), Villeneuve-sur-Yonne, Lodi, 1981, p. 283).

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